Comment survit-on à un genou lancé à pleine vitesse dans la tempe, à un centimètre de la mort ? Et comment, deux ans plus tard, se venge-t-on ?

Dans ce second volet, Pierrick Hiard raconte d'abord la Corse. Celle des sommets, cette Coupe de France 1981 arrachée dans un Parc des Princes bleu et blanc face au grand Saint-Étienne de Platini, champion de France cette saison-là, avec un but de Roger Milla dont il dresse un portrait aussi admiratif que prudent : « il ne fallait pas lui marcher sur les pieds ». Mais aussi celle des ombres, avec ce Bastia-Brest de 1979 où tout bascule : la pommette arrachée, quatre dents, le coma, trois semaines d'hôpital, un greffon pris à la hanche. Et cette scène inoubliable où sa mère met dehors le joueur venu s'excuser. Il raconte aussi ce que Bastia lui a appris de la vendetta, le trou stratégique dans le grillage de Furiani, le dirigeant qui fait disparaître un supporter après un geste malheureux sur l'arbitre de touche, et ce grigri corse reçu d'un homme qui affirmait qu'on lui avait jeté le mauvais œil ... suivi de 320 matchs sans la moindre blessure !

Puis vient septembre 1981. Une promenade sur la plage du Touquet, Michel Platini qui lui glisse « prépare-toi », et Hidalgo qui appelle. Une première sélection au Heysel, sans match amical, sans préparation, dans une défense qu'il ne connaît pas. « On m'a envoyé au casse-pipe. » Il ne sera plus jamais rappelé. Quarante-cinq ans plus tard, il revient sans amertume mais sans détour sur la blessure qui ne s'est jamais tout à fait refermée : l'Espagne 1982, la liste des trois gardiens jusqu'au dernier jour, et le nom qui n'est pas le sien.

La suite, c'est le retour au club de sa vie. Le refus du FC Porto par pure fidélité, les barrages de 1985 et cette séance de tirs au but interminable contre Rouen, la montée de 1990 décrochée à Lorient à l'ultime seconde, mais aussi la saison où l'on tente de le pousser dehors en lui interdisant de s'entraîner comme gardien, et ces supporters qui scandent son nom dans une salle où il n'est même pas présent.

Enfin, les questions mitraillettes : son plus bel arrêt, un réflexe « à la Banks ». Petr Čech, Bernard Lama et Gilles Rousset. Le trophée remis par les supporters dans un restaurant, qui compte davantage à ses yeux que ses deux Étoiles d'Or France Football. Les cauchemars de match qui le réveillent encore à 71 ans.

Un récit d'une immense pudeur sur un football où l'on gardait ses buts avec des gants de laine achetés par sa mère, où l'on négociait ses contrats seul face à son président, et où une seule décision d'un sélectionneur pouvait faire basculer toute une vie.