Georges Lech avait donné sa parole à Reims lorsque Marseille est venu le chercher. Il ne l'a pas reprise. Ce choix raconte à lui seul une époque où un international pouvait préférer l'honneur à la surenchère… mais personne ne pouvait encore deviner le prix qu'il allait payer. Car derrière la prestigieuse signature se cache une blessure mal soignée, des dirigeants qui veulent rentabiliser leur investissement et cette phrase glaçante répétée à un joueur qui ne tient plus sur son genou : « C'est dans ta tête que tu as mal. »
On le surnommait « la fine fleur du football français » : un dribbleur, un buteur d'instinct, le plus jeune Bleu de l'après-guerre à marquer en sélection — et titulaire, lui, contrairement à ceux qui ont depuis « battu » son record. À bientôt 81 ans, Georges se souvient de tout : les corons, Bollaert, l'Argentine renversée 4-3, et cette Mini Coupe du monde au Brésil où le sélectionneur perd ses vêtements sur la plage de Copacabana, le condamnant à rentrer à l'hôtel en maillot de bain. Mais cette insouciance a un revers : onze kilos perdus, son propre public qui le siffle, une carrière fauchée à trente ans, sans qu'on ait jamais voulu l'écouter.
Et puis il y a l'autre histoire, celle qu'on n'attendait pas. Fils de mineur, Georges a sorti son père de la mine à dix-huit ans grâce au ballon — un père boutefeu, taiseux, emporté par la silicose, qui venait aux matchs mais ne descendait jamais aux vestiaires, qui le regardait avant de détourner la tête. Soixante ans plus tard, quand on lui demande ce dont il est le plus fier, Georges lâche une phrase qui vous coupe le souffle : « j'ai pas assez fait. » Comment un homme qui, à dix-huit ans, a changé la vie de son père peut-il être convaincu d'en avoir trop peu fait ?
Entre éclats de rire, fidélités anciennes et regrets à peine reconnus, « Jojo la fine fleur » laisse, dans ce second volet, entrevoir le joueur qu'il aurait encore pu devenir. Et si sa plus grande histoire était précisément celle que son genou — et son époque — l'ont empêché d'écrire ?