Les Bleus de Gérard Houllier, sur la lancée de leurs 2 victoires consécutives fin 1992 contre l'Autriche et la Finlande s'envolent vers Israël avec quelques certitudes dans le jeu. Rapidement, ils s'imposent dans la moitié adverse et n'en repartent plus. Les occasions s'enchaînent, se ressemblent, s'accumulent : centres, frappes, une-deux, remises. Papin, Cantona, Ginola, tout le monde touche le ballon, tout le monde tente le beau geste. Le score aurait pu prendre des proportions impressionnantes.
S'il ne le prend pas, c'est à cause de Bonni Ginzburg. Le gardien israélien sort le match de sa vie. Il repousse, il détourne, il se couche sur les pieds des attaquants français, il gagne des duels improbable. Pendant longtemps, il tient son équipe debout tout seul.
Et il y a aussi cette image dont on parle moins. Cantona qui pose la semelle sur le genou d'un adversaire, un geste laid, gratuit, incompréhensible. L'arbitre ne donne qu'un carton jaune. Dans un autre match, à une autre époque, Cantona finit aux vestiaires.
Le plus savoureux est ailleurs. Les attaquants multiplient les gestes de classe, les contrôles, les feintes, les frappes léchées, et pourtant, ce sont les défenseurs qui font le travail. Laurent Blanc s'invite deux fois. Alain Roche ajoute le quatrième d'une frappe lointaine. Trois buts sur quatre inscrits par des joueurs dont ce n'est théoriquement pas le métier. Le symbole d'un France-Israël où la manière et l'efficacité ont voyagé dans deux avions différents.
À la sortie, personne ne se pose de questions. Cette équipe d'Israël est courageuse, bien organisée, mais elle vient de subir quatre-vingt-dix minutes de domination. La qualification pour les États-Unis semble bien partie.
Huit mois plus tard, ces mêmes Israéliens débarquent au Parc des Princes. Avec un culot énorme, bien aidés par la suffisance française, ils repartent avec une victoire 3-2 et une soirée que le football français a mieux longtemps à digérer,
Ce soir-là de février, à Ramat Gan, absolument personne n'aurait pu l'imaginer.